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La fabuleuse destinée de Muriel Dubois

Hélène Ruel par Hélène Ruel
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Article mis en ligne le 10 avril 2008 à 10:05
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La fabuleuse destinée de Muriel Dubois
Tiens, un veau issu d'un croisement entre Jersey et Holstein
La fabuleuse destinée de Muriel Dubois
Ce prestigieux prix de Chef de file que lui a décerné le Bal des moissons en novembre dernier a constitué, pour Muriel Dubois, une extraordinaire reconnaissance du travail accompli. «Juste d’être finaliste, c’était déjà, pour moi, tout un encouragement, une tape sur l’épaule. De façon générale, je pense que le Bal des moissons contribue de belle façon à valoriser notre profession.»
Et en ces temps de morosité, ajoute la productrice de Sainte-Brigitte-des-Saults, les agriculteurs en ont bien besoin.

Morose, Muriel Dubois ne l’est, elle, pas vraiment. Trop amoureuse de la vie qu’elle mène, à la campagne, avec son mari, Stéphane Rouleau, sa fille Pénélope, sur sa Ferme Wallonia, dont le seul nom rappelle les origines de ses parents.

Elle avait 10 ans, lorsque son père, Michel, ayant perdu son emploi dans une usine de Belgique, a décidé, un jour de réaliser son rêve d’être son propre patron. C’était en août 1978. Il convainc son épouse, Rose-Marie, d’émigrer au Québec pour acheter une ferme. M. Dubois ne connaissait pourtant strictement rien à l'agriculture.

Après avoir visité quatre ou cinq entreprises, la famille mi-wallonne, mi-flamande, choisit de s’établir à Sainte-Brigitte-des-Saults. La ferme du rang Saint-Patrice convient à ce que les Dubois recherchent : un troupeau d’une quarantaine de vaches laitières, une terre de 120 hectares, dont 40 boisés et des bâtiments de qualité. Et puis, ce qui ne gâche rien, la maison est suffisamment vaste pour loger aussi grand-maman.

Muriel Dubois admet qu’il lui a fallu trois ou quatre ans avant de s’intégrer totalement à son nouvel environnement. Pas parce qu’elle avait le mal du pays. «Jamais, la Belgique ne m’a manqué.»

À l’aube de la quarantaine, toutefois, la tenaille cette envie de retourner en Belgique, pour renouer avec des parents et des lieux où elle a grandi. «C’est le temps, je pense, de retourner d’où l’on vient.» Pour mieux voir où elle s’en va!
Une femme parmi les hommes
Les efforts mis à s’intégrer au temps où elle était une fillette immigrante l’auront probablement aidée à «faire sa place» comme femme ensuite, tant dans le monde agricole que dans les milieux masculins qu’elle a investis au cours des dernières années.
Elle a été la première femme à accéder au conseil d’administration de la Société d’agriculture de Nicolet, division A, dont elle a été la présidente en 1999 et en 2000. Première figure féminine aussi à l’Expo Drummond et à la coopérative agricole Covilac, dont elle la première vice-présidente depuis deux ans. Elle a été l’une des rares représentantes féminines au Conseil régional des sociétés d’agriculture. «J’ai besoin de voir du monde, d’échanger, de travailler en équipe. M’impliquer m’enrichit…»
Engagée dans son milieu
Muriel Dubois a fait davantage. Présidente du conseil d’établissement de l’école de Sainte-Brigitte, elle était aux premières loges pour s’inquiéter des impacts de la fermeture du service de garde. «S’il n’y a pas de service de garde, on a moins de possibilités d’attirer de jeunes familles et c’est la survie de l’école qui est en jeu. Un village sans école, c’est un village sans âme.»
En octobre 2004, elle passe à l’action et contribue à faire naître une coopérative de solidarité, une initiative rare au Québec, pour continuer d’offrir les services de garde à l’école. La coopérative signe une entente de services avec la Commission scolaire des Chênes. Et ça marche! Des 30 présences par semaine, la coopérative de services de garde est aujourd’hui passée à 60.

C’est aussi cette contribution de Muriel Dubois à la vitalité de son milieu que le trophée de Chef de file a honorée au Bal des moissons.

La productrice de Sainte-Brigitte-des-Saults n’est pas la première femme de l’histoire à obtenir cette récompense convoitée. Mais les lauréates n’ont pas été légion.
Question de confiance
Muriel Dubois dit tenir de ses parents, de son père surtout, cette assurance tranquille. «Pour mon père, c’était tout à fait naturel de faire une place à sa fille dans l’entreprise.»
Selon elle, s’il y a encore bien des déséquilibres dans la représentation des hommes et des femmes dans les lieux décisionnels, c’est souvent en raison d'un manque de confiance en soi. «Je pense que c’est le premier frein que les femmes se mettent.»

Muriel Dubois ne préconiserait pas des mesures discriminatoires, même positives, pour augmenter la présence des femmes dans les instances. «Je suis contre l’idée d’imposer des femmes dans des conseils d’administration. Je crois davantage qu’on a besoin de la bonne personne au bon moment. Si j’avais un message d’encouragement à livrer aux femmes, je leur dirais simplement de se donner le goût et l’occasion d’essayer.»

À l’Université Laval où elle a étudié, elle s’était elle-même donné le goût d’essayer le «génie électrique», le temps d’une session. «On était à peu près 10 femmes sur 150.» Elle n’a finalement pas persisté, ne s’y sentant pas à sa place. «C’est vrai qu’il y avait certaines manifestations de sexisme à notre égard. Mais pas entre les élèves. Plutôt de la part de certains profs à notre égard. «J’ai abandonné parce que j’étais ambitieuse et que je ne réussissais pas selon mes attentes.»
L'agriculture, sa destinée
Et puis, ses études l’éloignaient de la ferme, ce qui l’attristait. «Je crois au destin et j’ai senti que ma place, c’était vraiment en agriculture.»
Le «destin» la mène aux études libres en agroéconomie… et vers ce confrère d'université qui allait devenir son mari en 1992.

Munis de leur baccalauréat, ils s’établissent à la Ferme Wallonia. «Mes parents nous ont cédé une partie de leur entreprise. On a grossi la ferme par l’intérieur afin d’en vivre tous les quatre.»

On grossit un peu le troupeau, mais pas trop. Une cinquantaine de vaches laitières suffiront bien. Toujours, et cela depuis l’installation des parents Dubois en 1978, la Ferme Wallonia a cherché à s’améliorer tout en conservant une taille modeste.

«On s’est donné des outils pour devenir plus performants. Le troupeau Holstein est maintenant pur sang. Notre premier objectif, ça a été d’améliorer la rentabilité du troupeau. En 1999, on a opté pour un autre mode d’alimentation, passant à la ration totale mélangée.»

Les changements, tant dans la gestion que l’alimentation, ont été percutants sur la production de lait. En 1979, la moyenne du troupeau s’établissait à 4 160 kilos par vache. En 2002, la production passait à 10 997 kilos par vache.

La Ferme Wallonia a pu se délester de quotas… et de quelques vaches, de sorte que le troupeau se compose aujourd’hui de 43 têtes. L’entreprise est autosuffisante, produisant, dans ses champs, tout ce qu’il faut pour nourrir le bétail.
Un rêve
«On n’aspire pas à grossir. S’endetter pour vivre de l’agriculture, je trouve que ça n’a pas de sens! Je ne nous vois pas traire deux fois plus de vaches. Ça ne rejoint pas mes valeurs. Quand on est deux fois plus gros, la pression, de la dette, du stress, de la performance, de la gestion des ressources, est aussi deux fois plus forte.»
Si Muriel Dubois continue d’entretenir le rêve de son père, elle a aussi entrepris de cultiver le sien. «Mon rêve serait qu’il y ait de la place en agriculture pour tous ceux qui ont envie d’en vivre.»

Tant mieux, dit-elle, si un jour, sa fille Pénélope a le goût de prendre le relais. «Et si elle préfère des moutons, ce sera son choix.»

La productrice a du mal à croire que deux seules avenues soient possibles en agriculture au Québec : la grosse ferme et le marché de niche.

Elle se dit plus «réaliste» que «positive», consciente de l’impact des changements climatiques sur l’agriculture, de la nécessité de plus en plus pressante de recourir à des énergies vertes, de l’émergence des produits agricoles indiens et chinois sur les tablettes du Québec.

L’avenir de l’agriculture dépend aussi du comportement des consommateurs, souligne-t-elle. «Quand on constate que la population préfère consacrer plus d’argent à ses loisirs qu’à son alimentation, il y a un problème de conscientisation.»

Mais toutes ses considérations n’érodent pas son plaisir de s’occuper de ses vaches qu’elle appelle de leurs jolis noms et de s’extasier, tiens nouveauté, sur ce veau, issu d’un croisement entre Jersey et Holstein.

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